- Bramans
Vous avez repéré un bien immobilier à un prix bien en dessous du marché, mais le diagnostic de performance énergétique affiche F ou G ? Avant de fuir ou d’acheter une passoire thermique tête baissée, il y a une troisième voie : comprendre précisément ce que vous achetez, chiffrer les travaux de rénovation énergétique, et déterminer si l’opération est réellement rentable.
Car les passoires thermiques — ces logements classés F ou G au DPE — sont aujourd’hui au cœur d’une équation patrimoniale inédite en France. D’un côté, des prix de vente en forte décote, une négociation facilitée et des opportunités de valorisation réelles. De l’autre, un calendrier réglementaire contraignant, une interdiction de mise en location progressive déjà en vigueur, et des coûts de travaux qui peuvent peser lourd sur la rentabilité finale.
En 2024, selon les données des Notaires de France, les logements classés F et G représentent encore environ 17 % du parc immobilier résidentiel français, soit près de 5 millions de logements. Ce volume massif génère un marché spécifique, avec ses propres règles, ses propres risques et ses propres opportunités.
Dans ce guide complet, nous détaillons tout ce que vous devez savoir avant d’acheter une passoire thermique : réglementation, décotes, aides financières, travaux, stratégies locatives et nos 5 conseils d’experts pour transformer ce type d’acquisition en véritable levier de création de valeur.
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Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est le document de référence qui évalue la consommation d’énergie d’un logement et son niveau d’émissions de gaz à effet de serre. Rendu opposable depuis la réforme du 1er juillet 2021, il est désormais un document contractuel à part entière : une erreur de diagnostic peut engager la responsabilité du vendeur ou du diagnostiqueur.
Le DPE classe les logements de A à G, sur la base d’une double évaluation : la consommation d’énergie primaire annuelle (en kWh/m²/an) et les émissions de CO₂ (en kg CO₂eq/m²/an). C’est la plus mauvaise des deux notes qui détermine la classe finale du bien.
On parle de passoire thermique pour tout logement classé F ou G. Ces biens se caractérisent par une isolation insuffisante (murs, toiture, fenêtres), un système de chauffage énergivore (convecteurs électriques anciens, chaudière fioul, poêle à bois non performant) et souvent des déperditions thermiques importantes dues à l’ancienneté du bâti.
L’ampleur du problème est considérable à l’échelle nationale. Les dernières données disponibles dressent un tableau précis de la situation du parc résidentiel :

Ces 4,8 millions de passoires thermiques se concentrent principalement dans les logements construits avant 1975, date d’entrée en vigueur de la première réglementation thermique française. Les maisons individuelles représentent environ 60 % de ce parc, les appartements collectifs les 40 % restants.
La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a introduit un calendrier contraignant d’interdiction progressive à la location des logements les moins performants. Ce calendrier est désormais partiellement entré en vigueur et constitue le principal risque réglementaire pour tout acquéreur d’une passoire thermique destinée à la location.

Depuis le 1er avril 2023, tout logement classé F ou G mis en vente (maison individuelle ou appartement en monopropriété) doit faire l’objet d’un audit énergétique réglementaire, en complément du DPE classique. Cet audit, plus complet et plus coûteux que le DPE (entre 500 et 1 000 € selon la superficie), présente obligatoirement plusieurs scénarios de travaux de rénovation énergétique avec leurs coûts estimés et les classes DPE atteignables après rénovation.
Cette obligation est déterminante pour l’acquéreur : elle lui fournit une estimation officielle du coût des travaux et constitue une base de négociation solide sur le prix de vente. Elle s’applique progressivement aux appartements en copropriété à partir de 2025.
Le décret n° 2023-796 du 18 août 2023 a introduit la notion de décence énergétique dans la définition légale du logement décent. Un logement est désormais considéré comme indécent s’il dépasse le seuil de consommation d’énergie finale de 450 kWh/m²/an — ce qui correspond aux classes G les plus énergivores. Un locataire habitant un tel logement peut désormais saisir la Commission Départementale de Conciliation ou le juge pour contraindre le bailleur à réaliser des travaux.
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C’est l’argument numéro un en faveur de l’achat d’une passoire thermique : le prix de vente est structurellement inférieur à celui d’un logement équivalent mieux classé. Cette décote, d’abord constatée empiriquement par les professionnels de l’immobilier, est aujourd’hui quantifiée par plusieurs études sérieuses.
Selon les données publiées par les Notaires de France et analysées par plusieurs observatoires immobiliers, la décote moyenne constatée entre un logement classé D (référence) et un logement classé F ou G varie fortement selon la localisation et le type de bien :

En pratique, les décotes les plus importantes sont observées sur les maisons individuelles en zones peu tendues, où la pression de la demande est plus faible et les acquéreurs plus volatiles face au risque travaux. À l’inverse, dans les marchés sous forte tension comme Paris, Lyon ou les stations de montagne très recherchées, la décote reste limitée car la rareté de l’offre prime sur la qualité énergétique.
Depuis 2023, la décote tend à s’amplifier sur les biens classés G, directement sous l’effet de l’interdiction à la location entrée en vigueur en janvier 2025. Les vendeurs de logements locatifs G savent que leur bien est désormais difficile à louer légalement sans travaux, ce qui pèse sur les prix demandés et accroît la marge de négociation pour les acquéreurs avertis.
Le baromètre LPI-SeLoger de 2024 indique que les logements classés F et G restent 15 à 25 % plus longtemps sur le marché que les biens classés D ou mieux, avant de trouver preneur. Cette durée de commercialisation étendue est un signal fort de la pression vendeuse, exploitable lors de la négociation.
MaPrimeRénov’ est la principale aide publique à la rénovation énergétique des logements, gérée par l’Agence Nationale de l’Habitat (ANAH). Elle est accessible aux propriétaires occupants et, sous conditions, aux propriétaires bailleurs depuis 2021. Depuis le 1er janvier 2024, le dispositif a été profondément restructuré autour de deux voies principales :

Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) sont des primes versées par les fournisseurs d’énergie (EDF, Engie, TotalEnergies…) en contrepartie de travaux de rénovation énergétique. Cumulables avec MaPrimeRénov’, elles peuvent prendre la forme d’une prime directe, d’une bonification sur la facture d’énergie ou d’une avance sur travaux. Le montant des CEE varie selon le type de travaux, la zone climatique et le niveau de ressources du bénéficiaire.
L’Éco-PTZ est un prêt bancaire sans intérêt permettant de financer des travaux de rénovation énergétique. Il est accessible sans condition de ressources pour les propriétaires occupants et bailleurs. Depuis 2022, son montant maximum a été relevé à 50 000 € pour les rénovations globales performantes, remboursable sur 20 ans. Il est distribué par la plupart des grandes banques et peut se cumuler avec MaPrimeRénov’.
Les travaux de rénovation énergétique réalisés dans des logements de plus de deux ans bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5 % (contre 10 % pour les autres travaux et 20 % pour le taux normal). Cette réduction s’applique sur la main d’œuvre et les fournitures, et représente un avantage financier non négligeable pour des chantiers importants.

Le coût d’une rénovation énergétique dépend naturellement du type de logement (appartement ou maison), de sa superficie, de son état initial, de sa localisation géographique (en zone de montagne, les surcoûts liés aux conditions d’accès ou aux matériaux adaptés au climat peuvent être significatifs) et de l’ambition de la rénovation visée.
Voici les fourchettes de coûts constatées en 2024 pour les principaux postes de travaux de rénovation thermique, avant déduction des aides :

Il est tentant de réaliser des travaux à minima pour sortir d’une classe G ou F et se mettre en conformité réglementaire. Cette approche — appelée rénovation par geste — présente l’avantage d’un coût initial plus faible et d’une mise en œuvre plus rapide. Elle est cependant moins efficace sur le long terme : les économies d’énergie générées sont moindres, le confort thermique est amélioré mais pas optimisé, et l’investisseur devra vraisemblablement retourner en travaux dans quelques années pour satisfaire aux prochaines échéances réglementaires (interdiction des F en 2028).
La rénovation globale et performante, qui vise un minimum de deux sauts de classe DPE, est plus coûteuse mais bénéficie de taux d’aide plus élevés (MaPrimeRénov’ Parcours accompagné), d’une meilleure valorisation à la revente et d’une sécurité réglementaire sur le long terme. Pour un investisseur locatif, c’est généralement la stratégie la plus rationnelle sur un horizon de 10 à 15 ans.
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La question centrale pour tout investisseur locatif envisageant l’achat d’une passoire thermique est la suivante : la décote obtenue sur le prix d’achat compense-t-elle le coût net des travaux de rénovation (après déduction des aides) ? Et une fois les travaux réalisés, le bien offre-t-il un rendement locatif et une valorisation patrimoniale suffisants pour justifier l’opération ?
Prenons un exemple concret pour illustrer le raisonnement :

Dans cet exemple, l’investisseur crée immédiatement 9 000 € de valeur nette simplement par l’effet de la rénovation. À cela s’ajoute l’amélioration du rendement locatif (un bien D se loue mieux et plus cher qu’un G), la sécurité réglementaire sur le long terme, et la réduction des charges de chauffage supportées par le locataire.
La stratégie locative dépend directement de la classe DPE du bien au moment de la mise en location, et non au moment de l’achat. Un investisseur qui acquiert un G peut — sous certaines conditions — poursuivre une location en cours (bail signé avant janvier 2025) ou réaliser les travaux avant la signature d’un nouveau bail.
L’achat d’une passoire thermique en appartement (copropriété) soulève des problématiques spécifiques. Les travaux d’isolation portant sur les parties communes (toiture-terrasse, façades, parties communes chauffées) ne peuvent pas être décidés unilatéralement par un copropriétaire : ils nécessitent un vote en assemblée générale, à la majorité absolue (article 25 de la loi de 1965) ou simple selon la nature des travaux.
Il est donc indispensable, avant d’acquérir un appartement classé F ou G, de consulter les procès-verbaux des dernières assemblées générales pour vérifier si des travaux de rénovation énergétique sont planifiés, votés ou en cours. Un copropriétaire ne peut pas améliorer seul la classe DPE de son appartement si les déperditions proviennent principalement des parties communes de l’immeuble.

Acheter une passoire thermique n’est ni un pari fou, ni une opération réservée aux initiés. C’est un investissement qui demande de la rigueur, une bonne lecture du cadre réglementaire, et une vision patrimoniale à moyen terme. Mais pour qui prend le temps d’analyser correctement l’équation — décote à l’achat, coût net des travaux après aides, rendement locatif post-rénovation et valorisation à la revente — c’est l’une des rares stratégies immobilières qui permet encore de créer de la valeur dès la signature, dans un marché où les opportunités d’acquisition décotée se raréfient.
Le calendrier réglementaire est connu, les aides sont en place, et les artisans spécialisés en rénovation énergétique se structurent progressivement pour répondre à la demande. Les obstacles existent — risque travaux, contraintes en copropriété, évolutions fiscales — mais ils sont identifiables et gérables avec le bon accompagnement.
En Savoie et Haute-Savoie, le marché immobilier présente une combinaison particulièrement intéressante : des prix au m² élevés dans les stations qui rendent la décote sur les passoires thermiques plus significative en valeur absolue, une demande locative touristique et résidentielle robuste qui sécurise le rendement post-rénovation, et un tissu de bâtiments anciens qui offre un large vivier de biens à rénover.
Pour les investisseurs qui savent lire ce marché, la passoire thermique n’est pas un repoussoir. C’est une opportunité à condition d’être bien conseillé et bien accompagné.